Contrastes

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

QUAND tu viens à moi, je sens

Le frisson du vent nocturne,

Le désir, comme un encens,

Brûle en mon cœur qui sert d'urne.

Les cils flottant sur tes yeux

Me charment tant que j'en souffre ;

Je vais si loin dans les cieux

Que je me figure un gouffre.

Plus l'incarnat est puissant

De ta bouche si petite,

Plus elle est rouge de sang,

Ma blessure sans limite.

Tu me perces de poignards,

Et de baumes tu m'inondes ;

Aveuglés sont mes regards,

Tant tes clartés sont profondes !

Oh ! verse-moi tes cheveux.

Que ce vin musqué m'enivre !

Ne m'épargne pas. Je veux

Mourir à force de vivre.

Vers le ciel, comme la mer,

Hausse-moi par la tempête.

Sois le sabre ayant l'éclair

Quand il décolle une tête.