Contre les parisiennes

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

I l faut enfin parler de la Parisienne

Mieux que banalement

Et lui dire sans fiel que dans la chose sienne

Tout n’est pas qu’agrément.

Elle-même se dit point belle mais jolie

Et par ce « jolie » elle entend

Quelque chose de laid platement que pallie

Un port de tête exorbitant

Et qu’émaillent des mots ressassés qu’elle vole

Aux journaux finis d’achever,

Avec, en sus, un tortillement trop frivole

Des hanches pour faire… rêver.

La chlorose est son lot et ses cuisantes suites

Et la tuberculose aussi,

Aussi la fausse couche et ses péritonites,

Aussi tous maux dans ces tons-ci…

Elle qui se prétend reine de l’élégance,

C’est d’Angleterre, deux ou trois

Ans après, qu’elle tire — et vêt d’extravagance

Les modes, son goût et son choix.

Mais assez. Résumer sera faire œuvre pie.

Total : C’est fade et polisson

Et c’est bavard et c’est voleur comme une pie

Et c’est putain comme chausson.