Cour d'amour

By Armand Renaud

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Étant la sirène et la Muse,

Étant le rire et le baiser,

La duchesse veut qu'on s'amuse,

La duchesse veut s'amuser.

Au jardin Boboli, la fête

Se tient galamment dans un coin

Ombragé de pins, sur un faîte

D'où Florence apparaît au loin.

Aux marbres blancs de la terrasse

Que midi décoche ses traits !

Des feux du soleil nulle trace

Ne pénètre en ce réduit frais

Où sont, en bouquet, rassemblées

Les belles dames de haut rang,

Avec leurs coiffes emperlées

Et leurs brocarts d'or fulgurant.

Et chaque dame a derrière elle

Son cavalier qui lui sourit,

Tient le drageoir, porte l'ombrelle

Et lui rime des traits d'esprit.

Et buvant les vins de Sicile,

Chantant, dansant, jouant du luth,

L'œil mi-clos, la lèvre facile.

Avec le seul amour pour but.

Tout le long du jour on demeure

Dans un mol alanguissement,

Sans rien voir au delà de l'heure,

Sans rien goûter que le moment.