Crépuscule

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Ce soir, passant le long de la mer retirée

Morne, avec un couchant pâle à son horizon

Et des arbres fanés par l'arrière-saison

Roux aux troncs noirs, tordus sur sa rive effondrée,

En écoutant le bruit monotone et mineur

Des eaux dans les cailloux, il m'est venu ce rêve

De passer avec toi sur cette même grève

Grave et le cœur serré par un vague bonheur.

Je nous voulais marchant auprès des chansons bleues

Du flot, les bras unis avec tous les reflets

Du crépuscule aux yeux, et, parmi les galets,

Traînant derrière nous nos deux robes à queues,

A pas lents, inclinant l'un vers l'autre nos fronts,

Moi toute jeune encor, toi matrone hautaine,

Et sentant, au travers de l'étoffe incertaine,

Côte à côte nos cœurs battre dans nos girons.

Et, regardant au sol marcher l'ombre jumelle

De notre enlacement, pâle, devant la mer,

Je t'aurais confié tout bas mon cœur amer

Troublé, changeant, étrange, insondable comme elle.