Cri du coq

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

La brume s’épaissit. Par minute, une goutte,

Lourde, tombe des toits et claque sur les rocs.

Un vague rayon blanc luit sur le fer des socs ;

L’ombre rêve, immobile, et le silence écoute.

Soudain, vif, poignardant le ciel, trouant la voûte,

Un coq lance son cri d’acier : le cri des coqs

Répond, sonne et ressaute au loin de chocs en chocs.

« Je ne dors pas ! » La nuit vibre et frissonne toute.

— Oubli, soir du malheur ! L’âme va s’assoupir…

Mais qu’un chagrin nouveau nous arrache un soupir,

Un seul, toute la vie en pleurs s’éveille et tremble !

Et l’on entend, du fond des vieux passés, là-bas,

Stridentes, tour à tour, sans fin, sans nombre, ensemble,

Les lointaines douleurs crier : « Je ne dors pas ! »