CXLI

By Anna Noailles

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

Je me taisais, j’avais fait vœu

De ne te jamais reprocher

Ton esprit net, sobre, empêché

De tout élan, de tout aveu ;

Mais ce soir où le ciel d’automne

Effeuille un soleil languissant,

Laisse que ma voix s’abandonne

À trahir les secrets du sang :

— Entends-tu, cher cœur sans tendresse,

Chère âme insensible et têtue,

En ce jour où je te confesse

Ma native et fière tristesse,

Combien de fois je me suis tue ?