CXLVIII

By Anna Noailles

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

Parfois, quand j’aperçois mon flamboyant visage,

Lorsqu’il vient d’échapper à ta bouche et tes doigts,

Je ne reconnais pas cette exultante image,

Et je contemple avec un déférent effroi

Cette beauté que je te dois !

Comme de bleus raisins mes noirs cheveux oscillent,

Ma joue est écarlate et mon œil qui jubile

Mêle à sa calme joie un triomphant maintien ;

Je n’ai vu ce regard florissant et païen

Que chez les chèvres de Sicile !

Moment fier et sacré où, sevré de désir,

Mon cœur méditatif dans l’espace contemple

La seule vérité, dont nous sommes le temple ;

Car que peut-il rester dans le monde à saisir

Pour ceux qui, possédant leur univers ensemble,

Ont mis l’honneur dans le plaisir ?…