CXXI

By Tristan Derème

Written 1922-01-01 - 1922-01-01

La vie est douce encore à ceux qui savent vivre

Et tirent de leurs maux de puissantes liqueurs ;

Suspendez ce fracas, ce tambour et ce cuivre :

Il n'est besoin de cris pour émouvoir nos cœurs.

Ne me reprochez pas de vivre solitaire ;

Mais dans ce bleu jardin au feuillage léger

Où la rose fleurit près de la serpentaire

Pour un songe amical j'ai de quoi vendanger.

Je fume sagement ma vieille pipe à l'ombre

D'un arbre blanc et vert, sonore et japonais ;

Eh ! pourquoi penserais-je à quelque heure plus sombre,

À d'anciens printemps qui sont déjà fanés ?

Celui-ci me déchire et cet autre me loue ;

Mais qu'importe ? Demain, les grappes mûriront.

Laissez-moi dans ces jours que le destin m'alloue

De funèbres rameaux ne pas ceindre mon front.

Dois-je encore pleurer ? Qui faut-il que j'envie ?

Cette glycine en fleur s'enroule au cyprès noir ;

Amie aux beaux cheveux dont l'amour est ma vie,

N'ai-je pas les bras nus qui m'enivrent le soir ?

Bientôt, les escargots endormis sous les fraises,

Un chœur de rossignols charmera mon loisir ;

Mais déjà renversée et dans l'ombre tu baises

Les roses de juillet en riant de plaisir.