CXXIX

By Anna Noailles

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

Azuré, faible, blessé

Par le couteau de l’automne,

L’été se meurt, affaissé

Dans l’éther qui l’abandonne.

C’est un jour étroit. — Refus

D’opulence et de bien-être !

— Mon amour, toi qui ne fus

Que tel que tu pouvais être,

Sans rien au delà de toi,

Sans effort contre toi-même,

Sans ce frémissant émoi

Dont s’accroît celui qui aime,

Ce beau soir intelligent,

Aux couleurs nettes et ternes,

Ressemble à ton cœur d’argent

Qui n’a ni chaleur ni cerne.

— C’est un beau morceau pensant

D’azur glacial et juste ;

Mais pour ce sang bondissant,

Pour ce cœur vraiment auguste,

Mais pour cet esprit royal

Qui, disposant du mystère,

Avait dans ton poing frugal

Mis le sceptre de la terre,

Était-ce vraiment assez,

Vraiment la comble mesure

De ma bachique blessure,

Ce pauvre amour que tu sais ?