CXXXV

By Tristan Derème

Written 1922-01-01 - 1922-01-01

Casino de Paris, Olympia, Folies—

Bergère, quels troupeaux d'âpres mélancolies,

Chevreaux meurtris, béliers fourbus, dans vos lumières

Et vos tumultes, j'ai traînés. Mais les premières

Voluptés, leurs langueurs, leurs plaintes immortelles,

Ou qu'on croit telles, leurs alarmes, où sont-elles,

Et leurs larmes ? Douleurs, dont mes nuits étaient ivres

Et qu'aux tonnerres de l'orchestre, au bruit des cuivres

Rauques, des sourds banjos, des trompes, aux rafales

De clarté, je tentais d'abolir. Triomphales

Couronnes, les lauriers, aussi les marguerites,

Les dahlias, c'est toi seule qui les mérites

Et les roses, Jeunesse aux victoires secrètes

Et douces. Mais voici qu'au talus tu t'arrêtes

Avec ton blanc troupeau d'illusions qui broute

L'herbe rousse, et faut-il au désert de la route,

Quand le vent de la vie a soufflé les étoiles,

Quand mes yeux qu'enchantait la couleur de tes voiles

Ne voient plus que l'horreur de la nature nue,

Faut-il que vagabond triste je continue,

Sans l'espoir d'une auberge où je puisse descendre,

À marcher dans l'ennui, l'amertume et la cendre ?