CXXXVIII

By Anna Noailles

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

J’ai perdu l’univers puisque tu me suffis,

Je vois qu’il appartient aux autres ; quelquefois

Je songe à la grandeur que l’espace eut en moi,

Mais j’ai quitté l’azur à cause que tu vis.

Je regarde et j’entends les secrets mouvements

De l’infini, des sons, des parfums, des couleurs ;

Mais l’air, l’arbre, les monts ne sont qu’un vêtement

Que j’écarte des doigts comme une humble vapeur,

Pour que tu restes seul parmi les éléments

À vivre dans la vie ainsi que dans mon cœur…