Danaé

By Charles Millevoye

Written 1801-01-01 - 1815-01-01

La nuit règne ; les vents assiégent en furie

La nef où Danaé va, dans la sombre mer,

Périr avec son fils, le fils de Jupiter !

Danaé de ses bras l'environne, et s'écrie :

« Nous ne reverrons plus les rivages d'Argos ;

Mon père nous condamne aux ombres éternelles.

Aimable et cher enfant, dors, bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» O mon fils ! tu ne crains ni le courroux des vents,

Ni la nuit sans clarté, ni la vague sonore ;

Ton doux et jeune cœur se rit des flots mouvants

Qui passent sur ton front sans le toucher encore.

Ah ! si tu comprenais nos dangers et nos maux,

Tu sentirais aussi mes alarmes mortelles.

Mais non… dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» Tyndarides brillants, dont l'éclat toujours pur

Des turbulentes mers blanchit le noir azur,

O célestes Gémeaux, que le nocher révère !

Ce fils d'un sang divin, n'est-il pas votre frère ?

De Danaé plaintive écoutez les sanglots :

Veillez sur nous du haut des voûtes éternelles.

Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» Cyclades, chastes sœurs, qui flottez sur la mer,

Et couronnez au loin les flots bruyants d'Égée !

Je me confie à vous : du fils de Jupiter

Attirez sur vos bords la barque protégée.

Sers une autre Latone, ô palmier de Délos !

Étends sur nous aussi tes feuilles immortelles.

Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» N'ai-je point découvert sur les flots aplanis

Tes enfants balancés mollement dans leurs nids,

Fille du dieu des vents, tutélaire Alcyone ?

N'ai-je pas entendu ta plainte monotone ?

Au nom de ton Céix englouti dans les eaux,

Que la docile mer se calme sous tes ailes !

Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» Déesse aux pieds d'albâtre, orageuse Thétis,

Du souverain des dieux, toi, fille auguste et chère !

Tu sais, hélas ! quels pleurs coûtent les jours d'un fils ;

Mère, prête l'oreille aux plaintes d'une mère. »

Thétis entend sa voix, et dit : « Nymphes des eaux,

Confiez leurs destins aux Cyclades fidèles !

Et toi, dors, jeune enfant ; dors, bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles ! »