Danseuses

By Albert Mérat

Written 1900-01-01 - 1900-01-01

Sans remonter à Tanagra,

Aux frêles danseuses d'argile,

Nous entrerons à l'Opéra,

Sans remonter à Tanagra.

Rendons du mieux qu'il se pourra

Cet art exquis, rare et fragile.

Sans remonter à Tanagra,

Aux frêles danseuses d'argile.

Mesdames du corps de ballet,

Bien que vous soyez d'Italie

Très souvent, ce qui n'est pas laid,

Mesdames du corps de ballet,

Laissez-moi parler, s'il vous plaît,

De votre illustre compagnie.

Mesdames du corps de ballet,

Bien que vous soyez d'Italie.

Nous prendrons les tutus français

Comme enseignement, comme exemple :

C'est du nectar bu sans excès ;

Nous prendrons les tutus français.

Jamais de crises, ni d'accès,

L'ivresse qui sied dans un temple.

Nous prendrons les tutus français

Comme enseignement, comme exemple.

Jamais de ces ballabile

Où les bras sont des tentacules

Et la « dona trop mobile »,

Jamais de ces ballabile ;

Un jeu savant, pas emballé

Sans piqûres de tarentules.

Jamais de ces ballabile

Où les bras sont des tentacules.

Rats ni marcheuses ne sont rien

Auprès de ce que les quadrilles

Font de bien plus aérien.

Rats ni marcheuses ne sont rien.

Sans être un vieux galérien,

On en a mal dans les chevilles,

Rats ni marcheuses ne sont rien

Auprès des nymphes des quadrilles.

Puis c'est l'essor, l'envolement

Vers la rampe, des choryphées,

Qui lèvent simultanément

Les bras dans un envolement,

Et les jambes semblablement,

Sans tomber, sans être des fées !

Puis c'est l'essor, l'envolement

Vers la rampe, des coryphées.

Quant au premier sujet, voilà

Le vrai tour de force et de hanche.

Où diable est-il ? Il était là.

Le premier sujet, le voilà

Qui revient sur un tra-la-la,

Rose dans une mousse blanche.

Quant au premier sujet, voilà

Le vrai tour de force et de hanche.

Les bras courbés sont vers le front

Les anses roses d'une amphore,

Ligne pure que rien ne rompt.

Les bras s'incurvent vers le front,

Rythmant le battement plus prompt

Du pied qui semble dire : encore !

Les bras courbés sont vers le front

Les anses roses d'une amphore.

Valses lentes, pizzicati,

Ballon, sauts, pirouettes, pointes,

Pour l'orchestre et tutti quanti.

Valses lentes, pizzicati ;

Entrechat jeune ou décati,

Jambe qu'on lève, jambes jointes.

Valses lentes, pizzicati,

Ballon, sauts, pirouettes, pointes.

Leur sourire manque d'appas !

Je voudrais bien vous voir sourire,

Ou plutôt je ne voudrais pas.

Leur sourire manque d'appas,

Celui de Monsieur Petitpas

Était, avouez-le, bien pire.

Leur sourire manque d'appas !

Je voudrais bien vous voir sourire.

Pour la caresse de nos yeux

Elles sont comme sur les vases

Où buvaient les Grecs radieux,

Pour la caresse de nos yeux.

Ces beaux gestes qu'aimaient les Dieux

Demeurent nus malgré les gazes.

Pour la caresse de nos yeux

Elles sont comme sur les vases.

Mauri, Subra, le chœur divin

Des lointaines, des disparues,

Vous n'êtes pas belles en vain.

Mauri, Subra, le chœur divin !

La beauté, c'est encor le vin

Par qui les races sont accrues.

Mauri, Subra, le chœur divin

Des lointaines, des disparues !