De profundis clamavi
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
De l'abîme vers toi je crie,
Seigneur ! De ma pauvre patrie
As tu donc décrété la mort ?
Et n'en auras-tu pas remord !
Vois Paris, la superbe ville !
Pareil à cette paille vile
Qu'on brûle à l'arrière-saison,
Comme il flamboie à l'horizon !
Entends l'effroyable tempête
De ces tonnerres, que répète
L'écho sourd de tes vastes cieux,
Dans l'univers silencieux !
Bruit d'enfer ! Sombre saturnale !
Est-ce que l'armée infernale
Sur la cité morte s'abat,
Pour y mener son noir sabbat ?
Car jamais poitrines humaines
N'eurent ces cris d'énergumènes,
Ce râle rauque, rugissant,
Qui des peuples glacent le sang !
Et le monde entier, dans l'attente,
Voit, la poitrine haletante,
A l'horizon rouge et fumant, —
Monter l'horrible flamboiement !
Et chaque nouveau jet de flammes,
Qui, faisceau de sanglantes lames,
Jaillit du cratère en fureur,
Fait bondir le globe d'horreur !
De l'abîme vers toi je crie,
Seigneur ! De ma pauvre patrie
As-tu donc décrété la mort ?
Et n'en auras-tu pas-remord !