Début d'un récit diabolique

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Les yeux de l'infini cette nuit étaient bleus,

Mi-fermés, et versant aux nids déjà frileux

Le rêve gazouilleur des nuits tièdes encore

Et les derniers vents de l'été, berceau sonore,

Sur le ciel clair charmaient ces sommeils délicats.

L'aurore est rouge d'incendie et de dégâts

Comme un champ de bataille aux milliers d'agonies.

Un lin pâle a bandé les étoiles ternies

Et la rosée est si comparable à des pleurs

Que c'est des pleurs issus de mille yeux de douleurs

D'encor tantôt et de bientôt, s'il faut en croire

Le présage d'un horizon de moire noire

Et blanche sur lequel l'affreux rouge auroral…