Déception

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

«SATAN de sort, Diable d’argent ! »

Parut le Diable

Qui me dit : L’homme intelligent

Et raisonnable

Que te voici, que me veux-tu ?

Car tu m’invoques

Et je crois, l’homme tout vertu,

Que tu m’évoques.

Or je me mets, suis-je gentil ?

A ton service :

Dis ton vœu naïf ou subtil ;

Bêtise ou vice ?

Que dois-je pour faire plaisir

A ta sagesse ?

L’impuissance ou bien le désir

Croissant sans cesse ?

L’indifférence ou bien l’abus ?

Parle, que puis-je ? »

Je répondis : « Tous vins sont bus,

Plus de prestige,

La femme trompe et l’homme aussi,

Je suis malade,

JE VEUX MOURIR. » Le Diable : « Si

C’est là l’aubade

Que tu m’offres, je rentre. En Bas.

Tuer m’offusque.

Bon pour ton Dieu. Je ne suis pas

A ce point brusque. »

Diable d’argent et pas la mort !

Partit le Diable,

Me laissant en proie à ce sort

Irrémédiable.