Déclin d'amour

By René-François Sully Prudhomme

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Dans le mortel soupir de l'automne, qui frôle

Au bord du lac les joncs frileux,

Passe un murmure éteint : c'est l'eau triste et le saule

Qui se parlent entre eux.

Le saule : « je languis, vois ! Ma verdure tombe

Et jonche ton cristal glacé ;

Toi qui fus la compagne, aujourd'hui sois la tombe

De mon printemps passé. »

Il dit. La feuille glisse et va jaunir l'eau brune.

L'eau répond : « ô mon pâle amant,

Ne laisse pas ainsi tomber une par une

Tes feuilles lentement ;

« ce baiser me fait mal, autant, je te l'assure,

Que les coups des avirons lourds ;

Le frisson qu'il me donne est comme une blessure

Qui s'élargit toujours.

« ce n'est qu'un point d'abord, puis un cercle qui tremble

Et qui grandit, multiplié ;

Et les fleurs de mes bords sentent toutes ensemble

Un sanglot à leur pied.

« que ce tressaillement rare et long me tourmente !

Pourquoi m'oublier peu à peu ?

Secoue en une fois, cruel, sur ton amante

Tous tes baisers d'adieu ! »