Dédicace

By Renée Vivien

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,

Le ciel mêlait à l’or le cristal et l’airain.

Ton corps se devinait, ondoiement incertain,

Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.

Le soir d’été semblait un rêve oriental

De rose et de santal.

Je tremblai. De longs lys religieux et blêmes

Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.

Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts

Dans le souffle pâmé des angoisses suprêmes.

De tes clairs vêtements s’exhalaient tout à tour

L’agonie et l’amour.

Je sentis frissonner sur les lèvres muettes

La douceur et l’effroi de ton premier baiser.

Sous tes pas, j’entendis des lyres se briser

En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes.

Parmi des flots de sons languissamments décrus,

Blonde, tu m’apparus.

Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,

D’infini, je voulus moduler largement

Un hymne de magie et d’émerveillement.

Mais la strophe monta puérile et pénible,

Piètre et piteux effort rempli de vanité,

Vers ta divinité.