Dédicaces, autographes,

By Stéphane Mallarmé

Written 1881-01-01 - 1898-01-01

Aux encans où l'or aime braire,

Le prodigue Darzens a beau

S'exténuer comme un libraire

Je lui signe, moi, ce Corbeau.

Mes vers joyeux dans tout ceci

De briller par l'or de ta rente,

O Rodolphe Darzens merci,

Te proclament un des Quarante.

Paon, je n'aurais pas osé croire

Que cet été-ci m'octroyât

O délice mieux que la gloire

De porter ce livre à Royat.

Paon, du souci qui m'éloignait

Je suis quitte aujourd'hui Dimanche,

Et je vous baise le poignet

Si vous écartez votre manche.

Muse, qui le distinguas,

Si tu savais calmer l'ire

De mon confrère Degas,

Tends-lui ce discours à lire.

Louÿs ces vers recopiés

O svelte enchantement, la Stance

Fleurit et rit mieux de ses pieds

Que dans une autre circonstance.

Louÿs, ta main frappe au

Sépulcre d'Edgar Poe.

Sois, Louÿs, l'aile qui propages

A quelque altitude ces Pages.

Attendu qu'elle y met du sien

Vous feuillets de papier frigide

Exaltez moi musicien

Pour l'âme attentive de Gide.

O Muse pas plus au jardin

Natal tu n'es ensevelie

Que chez le très cher Frantz Jourdain

Il lit les vers et les relie.

Vous me prêtâtes une ouïe

Fameuse et le temple ; si du

Soir la pompe est évanouie

En voici l'humble résidu.

Livre, fusses-tu somnifère

Ne change en Belle au bois dormant

Celle qui ne saura mieux faire

Que rester Madame Normant.

Exultez le temps mes vers

Que vous accorde une œillade

Bénigne et pas de travers

Le princier Laurent Tailhade.

Mars vient ou tantôt pleut et neige

La lune au carreau minaudait

J'écris avec le privilège

De Madame Alphonse Daudet.

Gracieuseté touchante

Que soit gardé comme sien

Ce livre qui tout bas chante

Par Fabre, musicien.

Offre à sa vision amie un promenoir

Mainte Page du livre illustré par Renoir

Livre tu t'en vas parmi

Les nymphes chez Franc Lamy.

Amusez-vous du Conte Arabe

Moi, me voici devenu crabe.

O fin de siècle, Hiver ! qui truques

Tout, excepté le sentiment,

J'aime quand tu mets gentiment

Aux camélias des perruques.

Scribe élégant mais trahi, j'en

Ressens du noir et le triture,

Et montre pour vous ici, Jean

Ajalbert, ma vraie écriture.

Fortune, entre les houris

Pour le seul rimeur salaude

Bientôt si tu me souris

J'irai voir Monsieur Grosclaude

Si l'on baille ainsi souvent

De matines jusqu'à laudes

C'est que dans notre couvent

Se trouvent peu de Grosclaudes.

Golconde illumina toute l'Inde, mais l'Aude

A Carcassonne ; ici je rencontre Grosclaude.

Lettre, il faut que tu t'antidates

Pour ne trop tard conter qu'on n'est

Avec ou sans caisse de dattes

Pas plus charmant que Baronet

J'ai mis

ma chatte ronronnait

Ce mot pour le cher Baronet.

J'ai mis.

que n'est-ce dans l'airain

Ce mot au cher chanoine Rain.

J'ai mis

Aquilon sois clément

Ce mot-ci pour Pierre Normant.

Je dis

comme gentleman

Speaker

A Monsieur Metman.

Le pleur qui chante au langage

Du poète, Reynaldo

Hahn tendrement le dégage

Comme en l'allée un jet d'eau.

Il obtient ce Charles Morice

Par les appartements divers

Qu'un plafond seul n'endolorisse

L'aile qui lui dicte ses vers.

Nom comme pour étinceler

Aux immortels dos de basane

Tard avec mon laisser aller

Je vous salue, Octave Uzanne.

Un rêve m étreint sous sa griffe

Et j'ai, toujours sans dormir beau

Cajoler ce vain hippogriffe

Il m'éloigne des chers Mirbeau.

Quelque an vierge se fait attendre

Décembre seul cesse

voici

Que j'embrasse comme pain tendre

Les deux bonnes gens de Poissy.

Le doigt levant une tenture

De soie heureuse ou de damas

J'écoute la bonne aventure

Que vous chuchote ce Christmas.

J'atteste ici pour votre œil enchanté

Que James est en parfaite santé.

Avant que six heures ne sonne

A la gaîne du corridor

J'apparaîtrai chez la personne

Qui porte une coiffure d'or

Feuilletez, et l'un comme l'une

Avouez que je m'y connais,

Moi, personne peu clair de lune

En très-vieux albums japonais.

Vous n'avez pas su nos

Exclamations : Qu'est-ce ?

Avant tant de pruneaux

Savourés dans leur caisse.

N'allez pas, je le dis en vers,

Éva, rose qu'on ne cueille

Regarder la vie à travers

La fumée acre du Bird'seye.

Tout en les éternisant

Bracquemond ici fait vivre

Les traits d'Alidor Delzant

A nous ouvert comme un livre

J'ai comme on se livre à des vins

Puissants, négligé maint vieux tome

Avec les roses de Provins

Que me donne Louis Antheaume.

Contre de l'huile de marsouin

Ou même un peu de goudron, vais-je

Exporter par un touchant soin

Mes deux fillettes en Norvège ?

Aujourd'hui ce militaire

Prodigue les noms de noms

Verbalise et réitère

Qu'à dîner nous vous tenons.

Pleureur moins que chantant victoire

Ce toast venu d'un du old staff

Exprime que j'aimerais boire

Avec tous et même être paf.

Ma sagesse vis-à-vis

De vous les deux se condense

Toute en ce nouvel avis

Riez et même qu'on danse.

Montargis, séjour, au buffet

De qui le ciel à flots s'épanche

Je mets comme le chien eût fait

Mon museau sur votre main blanche

Au solennel champ de blé

Quand la brise se déroule

Sourit l'espoir assemblé

De pain pour toute la foule

Notre ami Monsieur de Jouy

Sur qui les ans ne peuvent mordre,

O mes chers hôtes ! qu'ai-je ouï,

Est nommé Conseiller de l'Ordre

Tant que tarde la saison

De juger ce qu'on fait rance,

Je voudrais à sa maison

Rendre cette conférence.

Orateur, comme à mes débuts

Vous tendîtes un charmant piège !

Je rêvai, je parlai, je bus

Avant que d'endoctriner Liège.

Amandine envers vous ou Jeanne

Comme je me sens endetté

Que nul de mes vers n'enrubanne

L'Ouvreuse du Cirque d'Été.

Ceci, Seigneur, est mon livre de messe

Où je vous nomme et vous prie en latin

Afin qu'au ciel, dont je fus la promesse

Triomphe tard mon regard enfantin.

Pieux livre qui ne sermonne

Mais il dit : Priez et joignez

Vos mains de petite Simone

Vers les cieux jamais éloignés.

Ployé devant la Vierge élue

Un ange autrefois la pria

Avec ces mots je vous salue

Marie, en latin Maria.

Mon regard songeur au-dessus

Du saint texte qu'il abandonne

Pour séduire l'enfant Jésus

Je lève un profil de madone.

C'était un très bon petit chat

Joueur à la prunelle bleue

Il n'en voulait pas, qu'on marchât

Un peu brusquement sur sa queue.

L'une au bois accompagnant l'autre

Princess, je crois que vous menez

En l'absence exquise du vôtre

Madame Laurent par le nez.

Le. petit Saladin

Devient un citadin

Toi qui soulages ta tripe

Tu peux dans cet acte obscur

Chanter ou fumer la pipe

Sans mettre tes doigts au mur

Polichinelle danse avec deux bosses, mais

L'une touche le sol et l'autre l'Empyrée :

Par ce double désir âme juste inspirée,

Vois-le qui toujours tombe et surgit à jamais.

… Ainsi qu'une fontaine à la fois gaie et noire

Étincelle de feux, se cache sous le pin

Coule et veut être celle où la brise ira boire,

Un sanglot noté par Chopin.

Ici le feu pour renaître

Tantôt durable ou charmant

Comme l'amitié du maître

Mêle le chêne au sarment.

Ci-gît le noble vol humain

Cendre ployée avec ces livres

Pour que toute tu la délivres

Il faut en prendre un dans ta main.

Musique dedans endormie

Il suffit pour te rendre aux cieux

Que la lèvre de cette amie

Ouvre son baiser gracieux

Quand au dining car dîne Alice

Qu'elle penche son front têtu

Sur ce petit livre vêtu

Tout de rouge cardinalice

Nous tous, la rue avec les numéros —

Et d'autres noms que ta pudeur recule

Willy Ponsot, tendre et discret héros

A marquer mieux que parla majuscule

Cousin Victor Margueritte

Songe à moi dans ta guérite

O Victor, nous extravaguons

Que tu sois parmi les dragons

Un appétit d'alligator

Une force de jeune butor

Un chapeau en poils de castor

Avec une voix de stentor

C'est tout craché Monsieur Victor

Ayez l'authenticité d'un chèque

Tous mes chers souhaits de Tan pour Becque

Mademoiselle Moreno

Venez ici même en traîneau

Que ce cher Monsieur Marcel Schwob

Éperonne vers nous son cob

Ma sympathie anticipa

Sur notre rencontre Cipa

Je crois bien que dans ce temps-ci

Il n'est de bonté qu'à Nancy

Alice Lavigne, ô grappe folle ! est la vigne

Qui nous fait oublier Casimir Delavigne

Les demoiselles Cazalis

L'autre une rose et l'une un lys.

Mignonne, sachez que même pour plaire

En tant que la Lune, il faut rester Claire.

Je vous rends, Claire de Paris

Le filet, mais j'y reste pris.

Je souhaite que ce buvard

Sous tes doigts devienne bavard

Avant l'aube si tu m'en

Crois, écris à ta maman.

J'ajoute mon souhait, voilà

Lequel : Écris peu, mais sois là

Il ne faut pas serrer les nœuds de ton hymen

Avant d'avoir passé le sinistre examen.

Tends-nous aujourd'hui comme joue

Cette rose où l'aube se joue.

Je n'ai de rêve que selon

Les images de Madelon

Ce que votre sourire avec grâce rêva

Vous l'avez dans Willie ainsi que dans Éva.

A la propension bachique

Chez Willy, succède la chique.

Monsieur Kinon je suis trop homme

De goût pour dédaigner la pomme.

Reçois à ciel ouvert, foin du qu'en dira-t-on !

Les vives amitiés de Monsieur Miraton.

Belle, ne laissez jamais choir

De larmes sur ce fin mouchoir.

Son doux œil est agrandi

Après le cherry-brandy.

A tant manger, je serais

Non Diane, mais Cérès.

J'ai cueilli, pour que tu me crusses

Galant, ces violettes russes.

J'ai mal à la dent

D'être décadent !

Elle a ce mignon travers

De comprendre un peu mes vers.

Voici pour que vous chantiez

Ces vers de petit rentier.

Votre voix unira nos

Songes et les pianos.

Ce point, Dujardin, on le met

Afin d'imiter un plumet.

Salut ô passant qui te fiches

De lire en été les affiches !

Quand je passe qui rit à

Mes caresses, toi, Rita

L'oncle de Vèvette et Titi

Leur semble un très-vieux ouistiti.

Je garde pieux sur ma trogne

Ce baiser qui vient de Pologne.

Je ferais même à quatre pattes

Le voyage des monts Carpathes.

Pas au hasard, en s'informant

Voyage Madame Normant.

La lune argenté sur le môle

Julie et Jeannie avec Paule.

Chaque autre fleur ne saurait méconnaître

Que Missia fit gentiment de naître.

Que de bonté dans son calice abrite

Notre lointaine et tendre Marguerite.