Délire

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

LE marchand de perles m'a dit : «

Ton front veut-il une couronne ?

Tout mon bazar qui resplendit,

Pour ta prunelle je le donne. »

Le marchand de roses reprit : «

Laisse les perles chez l'orfèvre ;

Tout mon royaume qui fleurit,

Je l'échange contre ta lèvre. »

Le poète au rêve étoilé

Dit à son tour : « Vivante flamme,

De ton cœur donne-moi la clé,

Et dans mes chants je te proclame. "

Mais que m'importe aucun trésor ?

Je garde cœur, lèvre et prunelle

Pour quelqu'un n'ayant pas encor

Soupçonné ma plainte éternelle.

Perles, roses, vers, à mes yeux,

Cela ne vaut pas un grain d'orge.

Du bien-aimé j'aimerais mieux

Que l'étrier broyât ma gorge.