Demi-rêve

By Henri Barbusse

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Voici le conte qui s'achève,

Oh ! c'est que rien n'est oublié !…

Voici la fatigue qui rêve

De vieille enfance et de pitié.

Voici la fatigue qui pleure,

Qui pleure pour nous et pour toi ;

(Vois-tu, la paix est la meilleure)

Qui vient, tremblante encor, vers moi.

Ma pitié, c'est de l'innocence

Qui ne peut jamais consoler,

C'est la prière du silence,

Et l'amour que l'on laisse aller…

Quel parfum de mélancolie

Donne le songe du passé…

J'ai rêvé de ce que j'oublie,

Je vis de ce qu'on m'a laissé.

Ô bon passé, toi qui me charmes.

Ô vague hiver où j'ai pâli,

Revenez, les maux et les larmes

Dans le sourire de l'oubli.

Pourquoi le passé se lamente ?…

Il m'est un neuf et doux espoir…

J'ai besoin de son ombre aimante,

Puisque dehors c'est le vrai soir.

La bonne soirée où je trône

S'attarde alors en soins confus,

Et divinise d'une aumône

Le pauvre, pauvre que je fus.