Dernier Adieu

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Vous que j'ai tant aimé, ô vous dont l'œil m'évite,

Si le hasard encor me plaçait sur vos pas,

Tremblante, à mes regards ne fuyez pas si vite,

De moi ne vous détournez pas.

Ne vous détournez pas ! Dans sa noble innocence,

Mon cœur s'étonne et souffre au trouble où je vous voi.

Si d'un trop haut amour la femme un jour s'offense,

Je l'ignorais ; pardonnez-moi.

Ne vous détournez pas ! Votre trouble me blesse.

Un souvenir, des fleurs ne vous sauraient lier !

Croyez à mon orgueil autant qu'à ma faiblesse :

J'aimai… mais je veux oublier.

Nul remords entre nous, nul secret, nul mystère !

De ma douleur jamais vous n'aurez à souffrir.

Celui qui si longtemps sut aimer et se taire,

Se taira, — dût-il en mourir !

L'amour a ses bonheurs ; hélas ! je les ignore.

L'amour a ses tourments ; je les ai trop connus.

Mais, je le sens au mal poignant qui me dévore,

Bientôt je ne souffrirai plus.

Que de jours, l'âme en proie à la mélancolie,

Me rappelant combien le sort te fut amer,

O Tasse ! ainsi que toi j'enchaînai ma folie

Dans un silence ardent et fier.

Est-ce ma faute à moi, dans une heure d'ivresse,

Si, vos regards troublant ma frêle volonté,

Votre main dans ma main, défaillant de tendresse,

Mon cœur sur ma lèvre est monté ?

Oubliez-le, ce mot, l'énigme de ma vie.

Votre instinct curieux, ô femme ! est satisfait.

A mon tour j'oublierai, chère et mortelle amie,

Le mal qui par vous me fut fait.

Allez en paix ! vivez ! Le monde vous réclame.

En riant foulez-y mon idéal cherché.

Oh ! vous saurez un jour, au vide de votre âme,

Sur quel cœur vous avez marché.