Des Armes !!!
Written 1867-01-01 - 1885-01-01
Non ! vous ne voulez pas armer la Capitale,
Malgré le cri des citoyens.
Une heure de retard peut nous être fatale…
Attendez-vous donc les Prussiens ?
Chaque jour l'ennemi fait un pas sur nos terres,
Il vient !… Il avance !… Il est là !
Et vous argumentez, tribuns plébiscitaires ?
Voilà l'ennemi ! Le voilà !
Si vous êtes Français, descendez de vos stalles,
Où vous défiez le destin,
Donnez-nous un fusil et transformez en balles,
Les boules de votre scrutin.
Savez-vous, à la fin, que le peuple demande,
D'où vient votre hésitation ?
En face du péril une lenteur si grande,
Semble presque une trahison !
Songez-y ! car Paris tranquille à la surface,
Fixe des yeux ardents sur vous ;
Sous un calme apparent il cache la menace,
Qui demain deviendra courroux !
Si tu tiens à sauver l'Empire qui chancelle,
L'Empire lâche et vermoulu,
Empêche que Paris irrité se rebelle,
O Parlement irrésolu.
S'il demande un fusil, ne crois pas qu'il conspire,
C'est que les Prussiens sont venus,
C'est qu'il veut les chasser !… Quant à tomber l'Empire,
Il n'aura qu'à souffler dessus !
Un fusil ! Un fusil. Car l'atelier se ferme,
Car le travail est arrêté,
Car toute patience à la fin trouve un terme,
Devant l'opiniâtreté !
Nous serons patients tant que dans nos demeures,
Nous aurons un morceau de pain,
Mais nous crierons : « Assez ! » quand sonneront les heures,
Les heures sombres de la faim !
Ne les attendez pas ; elles seraient terribles,
Et vous feriez de vains efforts,
Quand du vase trop plein les haines indicibles,
Couleraient rouges à pleins bords !
— « Un fusil ! Un fusil ! » c'est le cri que répète
La Capitale, — mais, demain,
Si vous demeurez sourds, il se peut qu'elle jette
Cet autre cri : « du Pain ! du Pain ! »
Et vous serez perdus, et la France meurtrie,
Pour qui nous voulons tous mourir,
Fera forger pour vous, traîtres à la Patrie,
Les vils carcans de l'avenir.