Désarmement

By Théodore Banville

Written 1888-01-01 - 1888-01-01

Désarmer ? Oui, ce bruit-là court,

Je sais qu'on a conté ce conte.

Églé, qui doit l'arrêter court ?

Vous, dont il faut bien tenir compte.

On parle de désarmement !

Sans nulles paroles railleuses,

On rangerait, pour le moment,

Les canons et les mitrailleuses.

Ainsi, tout sera bien réglé

Pour tranquilliser les empires.

C'est bon. Mais cependant, Églé,

Que ferez-vous de vos sourires ?

Car, Déesse, vos fiers appas

Et vos beautés et tous vos charmes,

Ainsi qu'on ne l'ignore pas,

Sont les plus redoutables armes.

Jeune guerrière aux sombres yeux,

Que ferez-vous de l'arc farouche

De vos sourcils mystérieux

Et des braises de votre bouche ?

O vous dont on craint l'œil subtil

Et qui triomphez dans les villes,

Dites-le-nous, en sera-t-il

De vous comme des vaudevilles,

Et verra-t-on les fiers accords

Que la grâce des attitudes

Fait saillir sur votre beau corps,

Remplacés par des platitudes ?

Celle qui vit à ses genoux

Le jeune Adonis comme Anchise,

Avait bien moins d'armes que vous ;

Et, je le dis avec franchise,

Charmeresse, Ève ou Dalila,

Dût l'Europe en être alarmée,

Tant que vous aurez ces yeux-là,

Je ne vous vois pas désarmée.