Destinée

By Théophile Gautier

Written 1838-01-01 - 1838-01-01

Comme la vie est faite, et que le train du monde

Nous pousse aveuglément en des chemins divers ;

Pareil au juif maudit, l'un, par tout l'univers,

Promène sans repos sa course vagabonde ;

L'autre, vrai docteur Faust, baigné d'ombre profonde,

Auprès de sa croisée étroite, à carreaux verts,

Poursuit de son fauteuil quelques rêves amers,

Et dans l'âme sans fond laisse filer la sonde.

Eh bien ! celui qui court sur la terre, était né

Pour vivre au coin du feu ; le foyer, la famille,

C'était son vœu ; mais Dieu ne l'a pas couronné.

Et l'autre, qui n'a vu du ciel que ce qui brille

Par le trou du volet, était le voyageur ;

Ils ont passé tous deux à côté du bonheur.