Deuil !

By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

La force a triomphé, c'est le droit qui succombe !

Paris, la noble Ville, expire, hélas ! et tombe.

L'inexorable sort nous frappe jusqu'au bout,

Et nous lance aujourd'hui son plus terrible coup.

Il ne nous reste plus qu'à jeter bas les armes,

Étouffer nos sanglots et dévorer nos larmes.

Allez, cloches, sonnez le lugubre tocsin,

Sonnez, et vous aurez pour écho notre sein.

Ils sont partis les jours d'espérance et de joie.

L'abîme s'est ouvert et nous sommes sa proie.

Au monarque allemand, dont le sceptre est de fer,

A Guillaume notre or, notre sang, notre chair,

A lui, toujours à lui, l'Alsace et la Lorraine !

Déchaîne contre nous, le torrent nous entraîne, !

Le vainqueur à son gré nous a dicté ses lois,

Les airs ont retenti de sa puissante voix :

Nous avions résisté pendant dix-huit semaines,

Il fallait, après tout, le payer de ses peines.

Que de travaux perdus, d'efforts infructueux !

Voilà le résultat et le prix monstrueux

De tant de dévoûment : de tant de sacrifice :

Au joug de l'étranger, il faut qu'on obéisse !

Tout s'efface et s'éteint, tout croule et disparaît !

Qui l'eut dit, qu'un tel jour pour nous se lèverait !

La pampre qui gaîment courait sous la tonnelle

Fera place aux bouquets de la triste immortelle !

Le sol va se couvrir de funèbres cyprès !

Ah ! qui donc nous rendra l'ombre de nos forêts,

Le gazon et les fleurs de la verte prairie ?

Quand donc entendrons-nous le rude essieu qui crie

De la lourde charrue ? Aux foyers ruinés,

Débris encor fumants, squelettes décharnés,

Qui donc rendra le calme, et la paix et la vie ?

Te voilà terrassée, ô France, ô ma patrie !

Ce titre de Français, à la fois noble et doux,

Trop souvent envié ne fait plus de jaloux !

Parmi les nations, tu marchais la première,

C'est à recommencer une œuvre tout entière !…

N'importe ; soyons grands devant l'adversité,

De souffrir en silence ayons la dignité !

Quand on courbe le front, c'est qu'on se sent coupable,

Et Paris ne l'est pas ; Paris fut admirable !

On a brisé son glaive, on a lié ses bras,

Mais son patriotisme, on ne le nîra pas !

Laissons saigner nos flancs sous la blessure amère !

Imposons le respect par notre calme austère !

Que seuls des crêpes noirs, aux drapeaux suspendus,

Soient le signe de deuil de nos cours éperdus !

Supportons nos malheurs, car en ce jour funeste,

Si la gloire nous manque, au moins l'honneur nous reste !