Deux invasions comparées

By Victor Méri De La Canorgue

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Lorsqu'Attila, jadis, vint fondre sur la Gaule,

Qu'il traînait après lui le ravage et la mort ;

Que, tressaillant d'horreur, la terre en était folle,

Un guerrier de ce temps, Mérovée, au cœur fort,

Rassembla de ses Francs la valeureuse armée,

Et, marchant le premier, dédaigneux du trépas,

Il écrasa les Huns des coups de sa framée

Il vainquit l'ennemi, mais ne se rendit pas.

Héritière des Huns et leur barbare émule,

La Prusse vient chez nous, comme ces ravageurs,

Nous apporter la guerre et toutes ses horreurs,

Et, les réunissant, sur nous les accumule.

Celui qui, malgré nous, nous valut ce fléau,

A-t-il pu le dompter, ainsi que Mérovée,

En refoulant des Huns le féroce troupeau,

En montrant d'un héros la valeur éprouvée ?

Dans ce champ de carnage où grondait le canon,

A-t-il cherché la mort pour mériter son nom ?

Comme h Waterloo, sur son armée en poudre,

Autre Napoléon, a-t-il bravé la foudre ?

Et tandis que le fer moissonnait nos guerriers,

Est-il tombé comme eux, couché sur ses lauriers ?

Sur son sein tout sanglant, et, dans sa main crispée,

Comme un noble vaincu pressait-il son épée ?

Qu'ai-je dit ? son épée !… à son heureux vainqueur,

Intacte il l'a remise, en dépit de l'honneur.

Que la honte à jamais à ce traître s'attache ;

Sans férir un seul coup il s'est rendu, le lâche !

Il a pu se sauver dans ce fleuve de sang

Qui déborde aujourd'hui dans notre belle France.

Dont naguère il était le maître tout-puissant.

Et qui sur lui, du Ciel, appelle la vengeance.

Un jour la trahison le mit sur le pavois ;

Il monta sur le trône l'aide d'un parjure,

Et depuis dix-huit ans, il nous faisait l'injure,

Lui qui les méconnut, de nous dicter des lois.

Le Ciel qui l'a brisé dans un jour de colère,

A détruit pour toujours sa race tout entière.

Quo notre sol lui soit h jamais interdit ;

Qu'il soit honni de tous, du monde entier maudit.

Et quant à ce troupeau, ce vil amas d'esclaves

Qui voudrait de ses fers nous mettre les entraves,

Qu'il y renonce enfin, car la France est debout,

Et son sein se soulève et do colère bout.

La Prusse de son rang no la fera descendre :

Semblable à cet oiseau qui sortait de sa cendre,

Ainsi que Io Phénix la France renaitra,

Et Dieu qui l'aime encor bientôt la vengera.