Deuxième a augusta
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Chère Augusta, ce même Dieu
Que nous avons comblé d'hommage
De l'ennemi prenant le jeu,
Me cause les plus grands dommages
Il me fait rosser aujourd'hui
Par ces légions de Pygmées !
Vieux brigand de Dieu des armées !…
Après ce que j'ai fait pour lui !
De bonne foi, pouvais-je croire,
Au lendemain de nos succès,
Que ces enragés de Français
Allaient me battre sur la Loire ?…
Oui, ma chère, de vrais soldats,
Cavalerie, infanterie,
Et même de l'artillerie,
Qui n'entendent pas raillerie,
Et me livrent de vrais combats !
Maintenant la chose est certaine :
Ils n'existent pas que de nom…
Ah ! si j'avais eu là Bazaine,
Ou seulement Napoléon !
Ce n'est pas tout ; Paris lui-même
M'en fait voir de toutes couleurs !
Chaque jour, nouvelles douleurs ;
C'est au point que j'en deviens blême !
J'ai vu l'instant où ce Paris,
Dans son audace sacrilège,
Me prenait, au lieu d'être pris !…
Que diable ! ce n'est plus un siège !
Encor si les Parisiens
Ne se permettaient pas de rire !…
Jamais je n'oserai te dire
Ce qu'ils appellent leurs prussiens !
Certes, Bismark est un grand homme ;
Mais peut-être as-tu remarqué
Qu'il se trompe souvent ?… en somme.
Je crois qu'il est un peu toqué.
Il m'annonce une populace
Qui se rendra sans coup férir,
Et voilà que je suis en face
De citoyens prêts à mourir !
Bref, aujourd'hui je me demande
Comment finira tout ceci ;
D'autant que ma suite allemande
Ajoute encor à mon souci.
Oh ! ces Bavarois !… quelle engeance !
Ils déclarent qu'ils sont à bout,
Et lâchent pied !… C'est d'eux surtout
Que je prétends tirer vengeance.
Louis n'a qu'à se bien tenir ;
Je lui prépare une musique
Qui fera pâlir, je m'en pique,
Toutes celles de l'avenir !
Et le czar ?… Tu connais sa note ?…
En conscience, est-il permis
De jouer ainsi ses amis ?
Je ne sais pas ce qu'il tripotte.
Mais il me jette sur les bras
Florence, Vienne et l'Angleterre !
Que lui coûtait-il de se taire ?
Me voilà dans de jolis draps !
Pourtant, ne jetons pas le manche
Après la cognée ; il faut voir
Si Moltke prendra sa revanche :
Et de fait il prétend l'avoir.
Surtout que les feuilles publiques
Expliquent bien aux mécréants
Notre retraite d'Orléans
Par des mouvements stratégiques ;
Comme aussi cette vérité.
Que, si Paris n'est pas encore
Anéanti comme Gomorrhe,
C'est par raison d'humanité. —
Oh ! mitrailler ce peuple en masse !
Bombarder Paris ! le faucher !…
Mais, pour bombarder une place,
Il faut pouvoir s'en approcher.
Que ferai-je, en cas de défaite,
Du vaste amas de lampions
Dont à Berlin nous espérions
Illuminer ce jour de fête ?
Non, je ne peux m'accoutumer
A ces angoisses lamentables…
C'est que ces gens-là sont capables
De venir nous les allumer !
Tout cela, vois-tu, c'est la faute
De ce Gambetta… Quel coquin !
Ce manant, ce républicain
Gouverne, parle, agit, court, saute,
Monte en ballon, travaille, écrit.
Décrète. à donner le vertige !…
Ce n'est pas un homme, te dis-je.
Assurément c'est l'antéchrist
Ah ! le mieux a fait place au pire !
Tout allait si bien sous l'empire !
Je n'y songe qu'en enrageant !…
A propos, un journal rapporte
Qu'on fait voir, derrière une porte,
Napoléon pour de l'argent.
C'est une idée !… Il faut connaître,
Par les résultats obtenus,
Ce qu'elle vaut. Cela peut être
Une source de revenus. —
Bon ! encor le canon qui tonne !…
Ah ! Ton ne mène pas ici
Une existence monotone !…
Diable ! que veut dire ceci ?
Une fusillade !… Serait-ce ? .
Mon carosse est prêt, Dieu merci !
J’abrège ; le courrier nu presse ; —
Et les baïonnettes aussi !
Ingrat Sabaoth !… Quand j'y pense,
Mettre ainsi ma gloire a quia !…
Tu m'entends bien ; je te dispense
De lui chanter Alleluia ! —
Veux-tu que je te dise ?… un chaume,
Entre Fritz et mon Augusta,
Loin du monde… et de Gambetta…
Et des francs-tireurs !… — Ton Guillaume.