Deuxième nocturne

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Je rêve par les nuits à l'amour qui sanglote,

Amours non sus, amours trahis,

Amants qu'on n'aime pas, ou pire, amants haïs,

Pleurs de paria, pleurs d'ilote.

Je rêve à vous, cheveux blanchissants sur les fronts,

Poings qu'on enfonce sans les bouches,

Détresses dans secours qui pâmez sur des couches,

Cœurs qui saignez dans des girons.

A toi, lente insomnie ouvreuse de prunelles

Dans la muette obscurité,

Où la mort qui sourit tend ses mains fraternelles

Et tout bas parle du Léthé !

Et telle que serait quelque oraison nocturne

Sans signe de croix et sans mots,

Ma pitié va roder à l'entour de ces maux

Comme un fantôme taciturne.

… Ah ! qu'au moins, ah ! qu'au moins dans leur être béant

Où le glas de la mort bourdonne,

Le sommeil un instant descende, puisqu'il donne

Comme un avant goût du néant !