Discours à Daphnis

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Le vent, au crépuscule, a soufflé dans les chênes,

Daphnis ! la route est sombre au troupeau que tu mènes ;

La brebis bêle, un bélier guette et l’agneau butte ;

Le vent aigre est entré par les fentes des flûtes,

Tes lèvres qui baisaient jadis le bois y mordent ;

La feuille morte, on voit mieux les ceps qui se tordent :

Le sarment est le bras noueux de la vendange,

Et le chemin bifurque à la saison qui change,

Et voici que dans l’ombre hésite ta pensée,

Comme si tu voulais ouïr ta voix passée

Dans l’écho qui l’appelle et où tu la retrouves

Anxieuse et y disputant aux maigres louves

Du regret les brebis de tes heures laissées,

Au lieu de suivre sur le chemin tes pensées

Qui, à la suite, et dans le vent et par le soir,

S’en vont vers le printemps, là-bas, et vers l’espoir

Et vers l’aurore en fleurs et les avrils nouveaux,

Avec le bélier grave et les calmes agneaux.