Ditirambo
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Sonnez, sonnez, régulières,
Sonnez du jour tombant l'adorable clarté,
Sonnez la joie et la lumière,
Sonnez enfin, cloches d'été !
Faites que par vos voix, à travers l'étendue,
Grave, d'avoir été si longtemps attendue.
La bénédiction de Dieu, sur notre amour
Se pose… Oui ! Sonnez sur le bourg,
Sonnez sur la campagne, et comme une réponse,
Mon cœur presque en délire à répéter son nom,
Vient heurter tout mon corps de la tête aux talons
Ainsi que les battants dans vos robes de bronze,
Carillons, noles et bourdons !
Je veux oublier ma souffrance…
Je ne demande pas pourquoi j'ai tant pleuré…
C'est presque avec indifférence
Qu'il m'en souvient… Mon adoré,
N'es-tu pas là, tout près, dans le jour qui s'achève…
Et nos sorts maintenant, comme en un tendre rêve
Ne se quitteront plus… Je ne me plaindrai pas
De peur qu'aux mots tristes et las,
Au moindre geste, ainsi qu'un oiseau de passage
Prend peur d'un grain de sénevé,
Le bonheur ne s'envole au loin, inachevé…
… Je ne veux voir que tes chers yeux, ton doux visage,
Et ton sourire retrouvé…
Écoute… entends-tu les cantiques,
Qui font monter, comme un encens, dans l'air du soir,
Une psalmodie archaïque ?…
Je veux prier aussi, quand passe l'ostensoir,
Car un dieu seul pourra savoir
Combien du cœur divin un cœur de . femme approche,
Quand, plein de tout l'amour qu'il donne à l'être cher,
Mais encor plein du mal d'hier,
Il mêle à ses baisers quelques muets reproches…
Sonnez donc, sonnez douces cloches !
Tendres cloches de fête !… Et l'amour partagé
Sonnera tendre aussi, plus proche !
Il unira, dans l'air léger,
A vos sons rituels ses humaines offrandes,
A vos roses d'or pur, l'invisible guirlande
De sa jeunesse et de sa joie ! Encor sonnez !
Cloches de la Saint-Jean, sonnez !
Sonnez toujours plus fort ! Que le vent accélère
Votre choral sacré, mais plus tumultueux
Qu'un fracas de bataille ou qu'un tocsin de feu !
La coupole du ciel sonnera tout entière
Pour glorifier l'amour heureux !
Et du clocher, beau fruit céleste,
Doré par le soleil qui n'atteint plus que lui.
La vespérale paix agreste
Coule goutte à goutte, et reluit
Dans les sons, lentement espacés, qui s'égrènent…
Et les coteaux, aux courbes souples et sereines,
Semblant dormir des deux côtés de l'horizon,
Serrant dans leurs bras les maisons,
La vigne en fleur, les foins fauchés, les orges vertes,
Le pont dans sa fragilité,
Le fleuve sinueux et les bois mouchetés,
Toute la plaine enfin, couchée et comme offerte
Au chaud crépuscule d'été.
Plus tard, et la nuit presque close,
Quand le vent, en passant à travers les jardins,
Apporte le parfum des roses,
Et du jour consumé cette cendre d'étain
Qui bleuit et fond les lointains,
Nous partirons… Nos cœurs seront bercés à l'amble
Parles tousbruits de fête éloignés peu à peu…
… Nous ne serons qu'un couple heureux…
‒ Par la nuit de Saint-Jean, nous rentrerons ensemble…