Don Juan

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Voilà don Juan de retour

Et, sous les traits de Lassalle,

Ce grand ouvrier d'amour

Étonne et ravit la salle.

Esprit où rien n'est sans art,

Pour ouvrir tous les calices,

C'est la langue de Mozart

Qu'il parle avec ses délices.

Et la Femme, être qui sait

Tout ce qu'elle s'assimile,

Dit tout bas : Quel vainqueur c'est !

Il en a caressé mille !

Mesdames, non, mille trois !

Prises sur toutes les routes.

Certes, dans nos cœurs étroits

Elle ne tiendraient pas toutes ;

Mais toi, don Juan, que tua

Le blanc commandeur de marbre,

Tu pouvais, Gargantua,

Manger tous les fruits d'un arbre

Et ceux de tout un verger !

Heureux de ces amalgames,

Tu menais, comme un berger,

Le pâle troupeau des femmes.

C'est l'infini que tu bois !

Tu les trouvais toutes douces :

Comme les feuilles d'un bois,

Brunes, ou blondes, ou rousses.

Rien ne te fut importun,

Ni la duchesse pensive,

Ni la vachère au front brun

Lavant ses pieds dans l'eau vive.

Tu pouvais, monstre adoré,

Déchirer ta folle trame ;

Mais quand on a respiré

La grisante odeur de femme

Parmi des milliers d'amours

Et des milliers d'amourettes,

Cela vous cherche toujours :

C'est comme les cigarettes !