Dons de fruits glacés
Written 1881-01-01 - 1898-01-01
Hier, voyez la ! demain
Du clavecin elle écoute
Chanter le bois surhumain
Et, songeuse, ne se doute
Qu'un fruit d'or tombe en sa main.
Ces vils fruits ne sont que mensonge
Pour un œil ravi d'épier
Tout l'éclatant jardin du songe
Qui mûrit sur votre papier.
A courber le rameau superbe
Vers votre front au pur souci,
Vous laissâtes choir parmi l'herbe
Le fruit ramassé que voici.
O belle chanteuse, ces pommes
Que l'Aube aime à colorier,
Il faut, absurdes que nous sommes,
Pour vous les cueillir au laurier !
Elle a beau faire la chouette
Et claquer de son bec d'enfant
Augusta sait qu'on lui souhaite
Ce qu'aux autres elle défend
Sous un hiver qui neige, neige,
Rêvant d'Édens quand vous passez !
Pourquoi, Madame Madier, n'ai-je
A donner que des fruits glacés…
Sur l'An j'ouïs une alouette
Éparpiller comme un joyau
Des rires que je vous souhaite
Madame Madier de Montjau.
Avec mon souhait le plus tendre,
Comme il sied entre vieux amis,
Dans cette main qu'on aime à tendre
Je dépose le fruit permis.
Malgré la neige qui me fouette
Le front, comme aux temps les plus beaux
Je viens en ami qui souhaite,
Chère Madame Seignobos
Vite renoncez l'Ardèche
Autrefois qui nous fit siens
Le cher vent, la branche sèche
Pour les fruits parisiens.
Le médicament le meilleur
Qu'un «oïczé » puisse prescrire
A mes yeux las de vieux veilleur
Est de revoir votre sourire.
L'an nouveau qui vous caressa
Toujours la même sans rature
Apporte aussi ce fruit et sa
Monotone littérature.
Si par un regard de fée haute
Ou lasse seul voilà mangés
Mes fruits constants, c est votre faute
A vous qui non plus ne changez.
Ces vers qui se ressembleront !
Prêtez leur la voix spontanée
De dire, moins que votre front,
Le mensonge de toute année.
Ce papier, comme si Dauphin
Y piquait mainte tache noire !
Pour vous, témoin discret et fin,
Cache le fruit couleur de gloire.
Je ne crois pas qu'une brouette
D'espoirs, de vœux, de fleurs enfin
Verse à vos pieds ce que souhaite
Notre cœur. Madame Dauphin.
Ces fruits ! Aimez que je les cueille
Désignés par votre doigt fin
Comme ceux dont la verte feuille
Sied au front sacré de Dauphin.
Ce même fruit d'aucun automne
Il porte à Madame Dauphin
Encore notre monotone
Souhait et ce n'est pas la fin.
Loin d'aucuns palmiers ou du cierge
Que l'aloës érige fin
Ce fruit tombe chez la concierge
Des houris et dames Dauphin.
Ce bon Dauphin ne s'embarrasse
Deux peignent
une chante mais
La maman partage la grâce
A table comme un entremets.
Trois sœurs, chacune se dispute
A son tour que vous la baisiez,
Votre rire est la même flûte
Que jadis venant de Béziers.
Je regrette les quatre ensemble
La maman subtile à ranger
Son trio dont elle est l'exemple
Non loin de la fleur d'oranger.
Le piano tendra son aile
Suave d'ample séraphin
Que chaque fille maternelle
Y berce Madame Dauphin.
Berger de deux seules ouailles
Dauphin, ramasse pour leurs jeux
Souriant partout que tu ailles
Ces fruits sur le givre outrageux.
Avec ta queue en girouette,
Léo, pendant que tu t'assois,
Dis les choses que je souhaite
De loin à Madame François.
A celles dont il se moquait
Quand il s'évada pour être ange
Le défunt petit perroquet
Jette de là-haut cette orange.
Les seuls fruits d'or sont où vous êtes
N'allez pas vous enfuir demain
Et le ciel reprendra ses fêtes
Sur un geste de votre main.
Grâce aux fruits humble stratagème,
Amie on peut nous envier
Un souhait proféré le même
Depuis tant de premiers Janvier.
Que ce fruit toute la Provence
A Paris goûté par Gina
Lui semble quelque redevance
Au beau ciel qui l'imagina.
Ce fruit à quelque arbre confit
Cueilli par un sylphe ou tout comme
Exprime les souhaits qu'on fit
Pour vous rue ici près de Rome.
Votre jardin, Mai me l'apprit
Et malgré que la brume y traîne,
J'aime les retours en esprit
A Bourg dont vous êtes la Reine.
Tors et gris comme apparaîtrait
Miré parmi la source un saule
Je tremble un peu de mon portrait
Avec Mademoiselle Paule.
N'allez pas, en le fuyant, Paule
Même par vagabonde humeur
Tourner une jolie épaule
Au vieil hommage du rimeur.
Notre demoiselle Patronne
Le regard limpide et rieur
Verse dans ce qui l'environne
Son charmant être intérieur.
Julie avec un front neigeux
Enfant porte la double étoile
Elle qui délaisse en ses jeux
Le violon pour une toile.
Fuir la banquise et l'avalanche
Julie ou les froids imprudents
Il suffit pour demeurer blanche
De votre candeur au dedans.
Le noble berger qu'on attend
Louera Julie en fin de compte
De ne s'informer s'il a tant
Ou même les perles de Comte.
Mademoiselle Jeannie est
Avant même que j'ose écrire
Celle-là qui me rend niais
Par le silence de son rire.
Sur le chignon blond de Jeannie
Un diamant scintille à nos
Regards quand avec le génie
Elle dompte les pianos.
Comme elle casqué de lumière
Quand viendra l'Archer pour Jeanny
Des trois je la sais la première
A ne pas répondre nenni.
Se souvenir désaltère
Comme un fruit tard enfermant
L'émoi de notre parterre
Avec Madame Normant.
Soyez la Prieure obéie
Dans ce gré charmant que plusieurs
Vous érigent une abbaye
De leurs élans intérieurs.
L'hiver qui brille aux châtaigniers
Sème les marrons froids s'il vente
Sans que vous-même n'éteigniez
Les feux de l'Amitié fervente.
Mieux vaudrait ne pas écrire
Sur des bonbons vils qu'on sert
A celle-là dont le rire
Franc est lui seul un concert.
Succède-nous improvise
Congrûment Monsieur Tintin
A ces bonbons leur devise
Autre rimeur galantin.
Mil huit cent quatre vingt neuf
Ne saurait sans un blasphème
Exprimer de souhait neuf
A vous, Madame, la même.
Qu'une année au léger vol
Comme étrennes, apparie
Repos ou santé pour Paul
Et le rire de Marie.
Le souci qui toujours varie
L'an nouveau saura l'apaiser
Si Claire aux deux fronts de Marie
Et de Paul met son clair baiser.
L'hiver
vous bravez la neige
Glace les fruits imprudents
Que contre elle ne protège
Pas une flamme au dedans.
Mûris en azur barbaresque
L'envoi n'est pas ce que je veux
Acceptez des fruits couleur presque
De la gloire et de vos cheveux.
Vanité le verger qui dore
Tel fruit ou le glace aux hivers
L'heureux Rodenbach sait enclore
Sa vie entre vous et des vers.
Touchez à l'heure poursuivie
Fructidor avec Messidor
Où Qui fut constante à la vie
En devine choir les fruits d'or.
Le Temps
nous y succombons
Sans l'amitié pour revivre
Ne glace que ces bonbons
A son plumage de givre.
Aujourd'hui l'amitié triche
Comme un crabe nous voulons
Que cet An de la bourriche
Pour vous sorte à reculons.
Paris qu'un jugement décore
Présenterait sur le chemin
Vers vous belle et plus simple encore
Une pomme de chaque main.
Comme un délicieux effet
Ou, je dirai plus, en échange
Du soleil que votre cœur fait
Considérez la fauve orange.
Un an qui succède à l'autre
Toujours nous tend
pensez-y
Ce fruit par le froid saisi
Comme mon cœur ni le vôtre.
N'allez si vers la main pend
Quelque fruit pour un partage
L'offrir vous interrompant
Édouard ceint le seul feuillage.
Un parisien compliment
Dans ces oranges on insère
A vous ici tout uniment
Redevenus des fruits de serre.
Sur un rameau vers vous incliné par Marie
Pas plus que l'amitié ce fruit d'or ne varie.
Toute gracieuseté qu'on fit
Se change l'hiver en fruit confit.