Du loin
Written 1902-01-01 - 1905-01-01
Je ne pense jamais à toi
Autant que dans les bras des autres.
Je leur jure à grands mots mon amour et ma foi,
Et, sans rire, j'entends leurs petits patenôtres.
Elles sont la douceur de la lune de miel,
Mais toi mon souvenir mauvais, toi ma Rancune,
Aucune ne saura jamais, aucune,
Ton divin superficiel.
Elle ne veulent pas comprendre que je joue,
Que j'aime simplement la rose de leur joue,
L'intelligence de leur corps,
Et que le reste m'est égal, si fort, si fort !…
Toi, chère blonde inexpliquée, inexplicable,
Par laquelle je fus un enfant malheureux,
Tu jetas à jamais entre nous deux le câble
D'un seul de tes légers, ténus, si blonds cheveux.
Ce fil infini qui m'attache,
Quand les femmes m'ouvrent leurs bras,
Elles ne le voient pas et ne le savent pas…
— Mais toi, je ne veux pas non plus que tu le saches.