D'un soir de mai

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1930-01-01 - 1930-01-01

Ma porte grande ouverte à l'esprit du printemps

Laissait entrer le soir et ses parfums de fête

Avec les chants aigus des oiseaux, à tue-tête,

Tout ce qui nous engage à n'avoir que vingt ans.

Les ombres du dehors tremblaient jusqu'à ma table,

Le parquet reflétait le crépuscule clair.

Et je restais assise à respirer cet air,

Cette fraîcheur, cette fraîcheur indubitable.

Je n'attendais, ne désirais qu'odeur de fleur,

Que charme d'un grand soir de printemps sans nuage.

Je ne comparais pas à tout cela mon âge,

Je ne regrettais pas 'automne de mon cœur,

Mais plutôt je songeais à la belle jeunesse

Telle qu'elle est pareille à ce soir d'aujourd'hui,

avec tout ce qu'elle a de force et de faiblesse,

Et j'aimais tendrement le printemps pour autrui.

Les morte et les vivants et moi-même passée

Vivaient autour de moi parmi cette beauté.

J'aimais, ‒ et qu'importait ma grande âme lassée ? ‒

J'aimais le mois de mai dans son éternité.