D’une fenêtre sur la rade

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Dans le creux de ces huit montagnes orageuses,

La baie au soir tombant est comme un bol de lait.

Viens t’accouder devant le port, puisqu’il te plaît

De voir évoluer les coques voyageuses.

Tu ne sais pas le mal et le bien que te font

Ce soir tombant, ce ciel, ce port, ces promenades,

Toi dont l’âme d’oiseau de mer, devant les rades.

Tourne en criant autour des bateaux qui s’en vont.

Personne ne pourra sur la terre savoir

Combien j’aime les silhouettes

Des puissants paquebots ancrés, rouges et noirs,

Dans les ports bleus d’Afrique où tournoient les mouettes.

O mes chers paquebots pour un jour à l’écart

Du large où le destin se joue.

Que soit ma face au vent la figure de proue

De vos avants tournés du côté du départ !…

A la fenêtre lumineuse de la chambre,

Le clair de lune, peu à peu, devient le jour.

Qu’est-ce donc, dans ton âme obscure, qui se cambre

Et qui s’affaisse tour à tour ?

Pourquoi donc cette nuit de veillée inquiète ?

Faut-il, faut-il, alors que le monde est blafard

Et mort, qu’un bateau sombre attende quelque part,

Et que soit ton repos, comme d’une mouette,

Égratigné parla grande aile du départ ?…