Éclats
By Gaston Heux
Written 1924-01-01 - 1924-01-01
Par les halliers ceints de la brume diaphane,
J'ai, dans la solitude où meurt tout bruit profane,
En rêveur soucieux des instants embrasés
Où de l'ombre et du jour se fondent les baisers,
Parmi les troncs saignant l'âcre sève des moëlles,
Surpris les rites d'or du lever des étoiles…
Au bois plein de féerie et de parfums épars,
Un rayon glisse encor ses suprêmes regards.
Les horizons fanés n'ont point su, tout entière,
Des pénombres du soir abaisser la paupière :
Les nids sous la rosée ont des éclairs d'écrins…
Chaque perle en sa chute entraîne d'autres grains,
Laissant, de lourds colliers aux teintes nuancées,
Ruisseler et bondir les pierres dispersées.
Comme d'autres leurs fruits, auriez-vous vos étoiles ?
Ce firmament jaillit du plus pur de vos moëlles…
Chaque astre ainsi serti dans vos obscurs réseaux,
— Car tout est charme en vous, mystérieux rameaux, —
Fixe, comme en un flux de vigueur printanière,
Sur la branche rugueuse un bourgeon de lumière !
Éclosion divine, ô secret d'un beau soir !
Quel vent surnaturel féconde le bois noir,
Et triomphant partout des écorces arides
Sous de vagues fruits d'or courbe les Hespérides ?
Il suffit de l'esprit, ce fil mystérieux…
L'astre s'unit à l'astre en chœurs impérieux.
Plus d'étoile, là-haut, que son orgueil isole…
Nos grains se sont noués en un divin symbole,
Et l'âme solitaire où Dieu se contemplait
En les cherchant au ciel, les groupe en chapelet.
La foi simple du pâtre, égale à sa misère,
Perle à perle, la nuit, égrène ce rosaire !