Égill

By Charles Millevoye

Written 1801-01-01 - 1815-01-01

Royal espoir de la Scandinavie,

Dans les combats il était déjà roi.

Un dieu sans doute, armé contre sa vie,

Un dieu fatal combattait avec moi.

Faible guerrier sans renom sur la terre,.

J'ai triomphé de mon noble agresseur :

Parfois ainsi le pâtre solitaire

Jette à ses pieds l'ours, effroi du chasseur.

Les jours de guerre étaient ses jours de fête ;

Il ne chantait qu'au son du bouclier.

Les flots en vain mugissaient sur sa tète ;

A l'abordage il montait le premier.

Que d'ennemis privés de funérailles

Livra son glaive à la faim du vautour !

Les loups rôdaient autour de ses batailles ;

De ses exploits ils vivaient plus d'un jour.

Dans ses combats au lointain promontoire,

Il s'illustra par des faits éclatants ;

Il en revint embelli de sa gloire,

Et les beautés soupirèrent longtemps.

Ce fut en vain : l'âme préoccupée

Des traits charmants de la jeune Risma,

Elmor l'aimait autant que son épée,

Et pour Elmor la vierge s'enflamma.

O de son cœur la compagne adorée !

Tu l'attendais, et tu l'attends encor.

L'instant s'approche où ta mère éplorée

Viendra te dire : » Il n'est plus, ton Elmor ! »

On t'apprendra quel funeste courage

Guida les coups du glaive ensanglanté .

Trop prompt, hélas ! à venger un outrage…

Pardonnes-tu, fille de la Beauté ?

Mais j'aperçois la fatale déesse :

Sur moi déjà s'attache son regard.

Ombre d'Elmor ! je mourrai sans faiblesse,

Pour te revoir dans la cité d'Asgard.

J'irai moi-même, aux fêtes du carnage,

T'offrir le miel sous le frêne Ydrasil ;

Et ton nom seul, consacré d'âge en Age,

Sera chanté sur la harpe d'Égill.

Roi malheureux ! écoute ma prière :

A la colline où donnent mes aïeux,

A mon pays, à ma sœur, à ma mère.

Fais quelque jour porter mes longs adieux…

Barde, remplis ton sanglant ministère,

Viens ! Mon sourire accueillera la mort.

Sur mon tombeau naissez, mousse légère !

Glisse sur moi, fraîche haleine du Nord !