Églogue a ma dame

By Jean Moréas

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Afin de bien louer les dons

Où vous avez chevance,

Que mon pouce n'a les fredons

Des poètes, honneur de la docte Provence

Ta bouche, sanguin piment,

Douce comme le moût de première cuvée,

Veut qu'on la sacre savamment,

Ainsi que d'un Arnaud fait la rime approuvée.

Puis il me faut, d'un son et très mignard et coint,

D'une cadence vive,

Telle de ce Jaufred que fine amour a point,

Vanter tes crêpes crins, couleur d'huile d'olive.

Tes yeux, aurés comme cédrat,

— Sagettes et blandice —

Clament la pompe et l'apparat

Des vers qui, dans le Montferrat,

Chantèrent Béatrice.

Pour dire ta grâce et le teint

Tien, le plus beau du monde,

Que le bruit de ma voix n'atteint

A ce Guillaume Cabesteint

Qui aima Sorismonde.

Mais pour que je me deuille, ainsi que je le doi,

De la pitié qui n'est en toi,

Il faudra que je creuse

Le roseau divin éclatant

Où le chèvre pied souffla tant

Sa fureur amoureuse.