Églogue métaphorique

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

L’automne, au fond des soirs, dételle ses taureaux ;

La terre fume violette au soc ; les eaux

Langoureuses parmi les prés semblent attendre ;

Les premiers feux, hélas ! font la première cendre.

Vois le sarment noueux et la pomme de pin !

Si la vie a tordu son thyrse entre tes mains

Les fleurs sont mortes et les grappes sont séchées,

Et l’automne, à son tour, au fond de tes pensées

Dételle les taureaux que ton Désir lia

Au joug, et voici l’ombre enfin, et il y a

Dans ton âme des cendres tièdes et des eaux

T’invitant à laver tes mains que les travaux

De l’année ont souillé de glèbes et de lie

Et à faire du thyrse tors qui s’humilie,

Nu du pampre éclatant et de la grappe lourde,

Le bâton de voyage où l’étape s’accoude.