Églogue
Written 1658-01-01 - 1694-01-01
Je ne veux plus aimer, j'en ai fait un serment.
Lisis vient de louer en ma présence Aminte :
J'ai vu triompher mon amant
Du dépit dont j'étois atteinte.
Je ne veux plus aimer, j'en ai fait un serment.
Tu ris…
Qui ne rirait de ce sujet de plainte ?
Mais que dis-tu d'Atis, qui, seul et sans témoins,
Rêve toujours sous quelque ombrage ?
Son troupeau ne fait plus le sujet de ses soins ;
Les loups ont l'humeur moins sauvage.
Dieux ! que son chant me plaît !
Dis plutôt son amour.
Il entretient nuit et jour
Les échos de notre bocage
Oserois-je l'aimer ? seroit-ce pas un mal ?
Hélas ! j'entends dire à nos mères
Qu'aucun poison n'est plus fatal
Elles n'ont pas été toujours aussi sévères.
Rends-leur ces agréments qu'ont les jeunes bergères,
Tu leur entendras dire aussi souvent qu'à moi :
Le doux poison qu'amour ! Amour, il n'est que toi
De plaisir sensible en la vie :
On ne blâme que par envie
Les cœurs qui vivent sous ta loi
Mais, Clymène, que veux-tu dire
Toi-même tu voulois tout à l'heure bannir
Les doux transports de ce martyre
Ah ! je n'y pensois plus ; tu m'en fais souvenir.
J'entends le son d'une musette !
Sont-ce point nos amants, Annette ?
Je confesse mon crime, et viens, plein de regret..
Je, vous veux apprendre un secret.
Ne vantez que l'objet qui fait votre tendresse ;
Forcez vos amours d'avouer
Qu'un amant n'a des yeux que pour voir sa maîtresse,
De l'esprit que pour la louer
Il suivra tes conseils, pardonne-lui, Clymène.
Si l'ami s'excuse aisément,
Il me semble qu'on, doit avec bien moins de peine
Pardonner à l'amant
Ton ignorance me fait rire ;
Pardonner à l'amant ! Annette, y penses-tu ?
Je vois bien qu'en effet l'amour t'est inconnu.
Atis, prends soin de l'en instruire.
Nous nous fâchons du mot d'amour :
Ce sont façons qu'il nous faut faire ;
Et cependant tout ce mystère
Dure au plus l'espace d'un jour.
Nous soupirons à notre tour ;
Un doux instinct nous le commande.
L'amant honteux fait mal sa cour :
Nous ne donnons qu'à qui demande
Puisqu'on me le permet, je jure par les yeux
De la bergère que j'adore,
Qu'il n'est rien si beau sous les cieux,
Ni la fraîche et riante Aurore,
Ni la jeune et charmante Flore.
Elle n'a qu'un défaut, c'est d'être sans amour.
Ah ! si je lui pouvois montrer ce qu'elle ignore,
Nul berger plus heureux n'aurait pu voir le jour
Annette est belle ; qui le nie ?
Mais Clymène emporte le prix ;
Et moi j'emporte sur Atis
Celui d'une ardeur infinie.
Je sais languir, je sais brûler
Savez-vous le dissimuler ?
Si je le sais, cruelle !
Il est vrai, votre peine
Dura deux jours sans éclater.
Je n'osai d'abord, m'en flatter :
N'étois-je pas bien inhumaine ?
Deux jours ? vous comptez mal : tout est siècle aux amants.
Récompensez ces longs tourments
Payez les transports de mon zèle
Annette, qu'en dis-tu ?
Mais toi ? Je suis nouvelle
En tout ce qui regarde un commerce si doux.
Sachons auparavant ce qu'ils veulent de nous
L'aveu d'une ardeur mutuelle :
Tout le reste dépend de vous.
Eh bien, on vous l'accorde
O charmantes bergères !
Allons sur les vertes fougères,
Au plus creux des forêts, au fond des antres sourds,
Célébrer nos tendres amours
Allons sur les bords des fontaines,
Le long des prés, parmi les plaines,
Mêler aux aimables zéphyrs
Nos malheureux soupirs.