Élégie v

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

D'un long sommeil j'ai goûté la douceur.

Sous un ciel pur qu'elle embellit encore,

A mon réveil je vois briller l'Aurore ;

Le dieu du jour la suit avec lenteur.

Moment heureux ! la nature est tranquille,

Zéphyre dort sur la fleur immobile,

L'air plus serein a repris sa fraîcheur,

Et le silence habite mon asile.

Mais quoi ! le calme est aussi dans mon cœur !

Je ne vois plus la triste et chère image

Qui s'offrait seule à ce cœur tourmenté ;

Et la raison par sa douce clarté

De mes ennuis dissipe le nuage.

Toi que ma voix implorait chaque jour,

Tranquillité, si long-temps attendue,

Des cieux enfin te voilà descendue,'

Pour remplacer l'impitoyable Amour.

J'allais périr ; au milieu de l'orage

Un sûr abri me sauve du naufrage ;

De l'aquilon j'ai trompé la fureur ;

Et je contemple, assis sur le rivage,

Des flots grondans la vaste profondeur.

Fatal objet dont j'adorai les charmes,

A ton oubli je vais m'accoutumer.

Je t'obéis enfin ; sois sans alarmes ;

Je sens pour toi mon âme se fermer.

Je pleure encor, mais j'ai cessé d'aimer ;

Et mon bonheur fait seul couler mes larmes.