Élégie

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

Au tournant de l'allée où septembre se dore

Nous attardait parfois un colloque subtil.

Il est mort. Je lui parle encore

Mais oh ! M'entend-il ? M'entend-il ?

Ailleurs, c'est quelque vieille et sensible demeure.

Des amis y étaient, ou même des parents.

Le jour est venu : je les pleure

Et cherche leurs spectres errants.

Presque partout, depuis que l'âge m'a changée

Et dans mon être a mis cette maturité,

Je puis me dire : "Ils ont été !"

Je rôde dans un hypogée.

Tout autour de soi, voir un monde qui vivait

Tomber, feuilles au vent d'une saison finie,

Même un simple chien qu'on avait

Et qui vous tenait compagnie…

Ceux qui restent sont là, péremptoires et forts.

On se croit éternels, on se querelle, on s'aime.

Mais demain ?… Dès la terre même,

C'est le dialogue des morts.

Vivre, ou plutôt survivre ! Un escalier de tombes

Nous mène lentement vers nous ne savons quoi.

Et sur chaque degré plus froid,

Se taisent les voix des colombes.

Et nous montons, toujours plus seuls, dans plus de noir,

Peinant à chaque pas, cet escalier funèbre

Qui mène vers plus de ténèbre

Ou bien vers le final espoir.

— Je ne puis que redire en tremblant la prière

Apprise d'un de ceux qui me furent ôtés :

"Oh mon Dieu, si vous existez,

Faites-moi voir votre lumière !"