Élévation
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Ne te souvient-il plus de ta fille la France,
O Seigneur ! Pour ses maux n'est-il qu'indifférence
En ton cœur paternel ?
Qu'elle ait été jadis imprudente ou coupable,
Qu'importe ! c'est ta fille ! Un père est-il capable
D'un courroux éternel ?
Eh quoi ! dans un sanglant cloaque elle est plongée,
Elle est saignée à blanc, et jusqu'aux os rongée
Par la dent du vainqueur ;
Elle râle, Seigneur ! et toi, tu laisses faire !
Ah ! si de tels fléaux peuvent te satisfaire,
Qu'est devenu ton cœur ?
Et pourtant, si jamais, expirante, elle tombe,
Si sa vaillante main se glace dans la tombe,
Qu'adviendra-t-il après ?
Qui sera ton soldat pour dresser ta bannière,
Pour faire exécuter, sur la planète entière,
Tes suprêmes décrets ?
O Dieu ! jette un regard sur les peuples du monde !
Tu vois la convoitise et l'égoïsme immonde
Partout y dominer ;
Chacun d'eux, confiné dans sa propre frontière,
N'en sort que comme fait le loup de sa tanière,
Rien que pour butiner !
Mais elle, la vaillante et sainte énergumène,
A toutes les douleurs de la famille humaine
Vibrait en frémissant,
Brûlant, comme la flamme, au souffle de l'idée,
Toujours prête au combat, et toujours décidée
A répandre son sang !
Si tu disais : « Brisez l'oppression sauvage !Si tu disais : « Brisez l'oppression sauvage !
« Que tous ces fronts, courbés sous l'antique servage,« Que tous ces fronts, courbés sous l'antique servage,
« Enfin se tiennent droits ! »« Enfin se tiennent droits ! »
Elle arrachait l'écu des Dunois, des Xaintrailles,Elle arrachait l'écu des Dunois, des Xaintrailles,
Et de son flanc fécond, déchirant ses entrailles,Et de son flanc fécond, déchirant ses entrailles,
Tirait les nouv........Tirait les nouv........
Et si, de la conquête exécrant le vieux crime,
Tu disais : « Levez-vous ! des peuples qu'on opprime
« Qui sera le soutien ?
« Je promets, en retour, une gloire immortelle ;
« Mais il faudra du sang ! » — « Seigneur ! répondait-elle,
« Prenez ! voici le mien ! »
Car elle l'a versé comme l'eau des fontaines !
Car son histoire n'est rien que guerres lointaines,
Après convulsions !
Et, sur le chevalet d'un éternel supplice,
Martyre de l'idée, elle a bu le calice
Des révolutions !
Oui ! je le sais : parfois, ivre de sa pensée,
Elle fut téméraire, elle fut insensée ;
Mais son cœur la défend !
Oui ! ce cœur est toujours demeuré magnanime !
Et, par le souffle ardent et noble qui l'anime,
Elle est bien ton enfant !
Rends-lui donc, ô Seigneur ! ton ancienne tendresse :
Elle en est digne encore ; au fond de sa détresse
Tends-lui ta forte main !
Car sa mort, tu le sais, ferait l'ombre, sur terre ;
Ne souffre pas qu'on passe au fil du cimeterre
Le cœur du genre humain !