Éloge d'athènes

By Raymond Tailhède

Written 1887-01-01 - 1926-01-01

Athènes ! honneur de la lyre !

Ta louange, je veux la dire

Gomme le Thébain, d'une voix

Douce au cœur et forte à l'oreille,

Et Pindare, qui s'émerveille,

Le pouvait moins que je le dois.

Certes, la plus illustre race

A tes fils a transmis l'audace

De faire preuve de leur sang,

De cueillir à la même rive,

Avec le fruit mûr de l'olive,

Le laurier toujours verdissant.

Les redoutables Destinées,

A presser ta perte obstinées,

N'espèrent plus d'y réussir :

D'autres succombent à leur rage ;

Mais toi , le Temps même est le gage

Qui répond de ton avenir.

Muses ! vous de qui la mémoire

Est le spectacle de la gloire,

Apprenez-moi, filles du ciel,

Par quelle influence divine

Athènes, dès son origine,

Se racheta du sort mortel ?

La victoire des armes porte

Des rameaux de diverse sorte,

Changeant tour à tour leur éclat ;

Mais c'est à peine qu'elle dure

Cette couronne que mesure

L'incertitude du combat.

La déesse palladienne

Ne reconnaîtrait point la tienne,

Qui se courbe à son front armé,

Si tu n'avais pas, noble ville,

Sur les lèvres de la Sybille

Le feu de Delphes rallumé !

O Muses, vous avez fait naître

Mon ami, Moréas, mon maître,

Dans votre éternelle cité ;

Vous l'avez nourri de ces (flammes)

Dont, par vos soins, (brûlent) les âmes

Des grands morts qui l'ont précédé !

Obtenez-moi, Sœurs libérales,

Que la main des Parques fatales

Ne s'appesantisse à mes vers :

L'esprit est à vous, non la cendre

Que dans son retour doit reprendre

L'ordre commun de l'univers.

Car, d'Athènes suivant l'exemple,

Des ruines je tire un temple

Élevé sur de tels (sommets,)

Qu'unissant l'envie à la guerre

La basse audace du vulgaire

Ne pourra l'abattre jamais.