Éloge de la richesse

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

La richesse, que des frondeurs

Dédaignent, et pour cause,

Quand elle vient sans les grandeurs,

Est bonne à quelque chose.

Loin de les rendre à ton Crésus,

Va boire avec ses cent écus,

Savetier, mon compère.

Pour moi, qu'il m'arrive un trésor ;

Que dans mes mains pleuve de l'or,

De l'or,

De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

Je souris à la pauvreté,

Et j'ignore l'envie :

Pourquoi perdrai-je ma gaîté

Dans une douce vie ?

Maison, jardin, livres, tableaux,

Large voiture et bons chevaux,

Pourraient-ils me déplaire ?

Quand mes vœux prendraient plus d'essor,

Que dans mes mains pleuve de l'or,

De l'or,

De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

Bonjour, Mondor, riche voisin.

Ta maîtresse est jolie ;

Son œil est noir, son esprit fin,

Et sa taille accomplie.

J'atteste sa fidélité ;

Mais que peut contre sa fierté

L'amour d'un pauvre hère ?

Pour te l'enlever, cher Mondor,

Que dans mes mains pleuve de l'or,

De l'or,

De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

Le vin s'aigrit dans mon gosier

Chez un traiteur maussade ;

Mais à sa table un financier

Me verse-t-il rasade ;

Combien, dis-je, ces bons vins blancs ?

On me répond : douze cents francs.

Par ma foi, ce n'est guère.

En Champagne on en trouve encor :

Que dans mes mains pleuve de l'or,

De l'or,

De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

À partager dès aujourd'hui,

Amis, je vous invite.

Nous saurions tous, en cas d'ennui,

Me ruiner bien vite.

Manger rentes et capitaux,

Équipages, terres, châteaux,

Serait gai, je l'espère.

Ah ! Pour voir la fin d'un trésor,

Que dans mes mains pleuve de l'or,

De l'or,

De l'or,

Et j'en fais mon affaire !