Éloge de mon cheval

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Mon cheval au poitrail solide, à l'œil de feu,

Frère joyeux de mon âme animale.

Ton sang arabe bout comme le mien, beau mâle.

Et tu comprends si bien le jeu !

Voici notre statue haute et momentanée.

Chaque jour pour nous est le jour des bonds

Et des caprices furibonds

Vite oubliés au bout de la journée.

Ton galop violent obéit à mon cri.

Nous vivons d’ivresses pareilles ;

Et je vois l’existence entre tes deux oreilles,

Sensibles à tout comme mon esprit.

La même passion passe dans nos narines,

Le même vent dans nos cheveux.

Je fais ce qui te plaît et toi ce que je veux,

Et la liberté gonfle nos poitrines.

Le tout puissant pouvoir s’équilibre entre nous :

Ma vie est livrée à ton dos farouche.

Ma volonté mate ta bouche,

Et ta force est prise entre mes genoux.

Que si, présentement, l'ombre multiple et une

Descend avec le feu des soirs.

Dis ? Prenons notre trot vers la nouvelle lune

Cornue au-dessus des bois déjà noirs.

Rythmons des quatre pieds notre vol qui s’élance,

Si tu veux gagner le but d’un seul trait.

Et battons vivement la mesure au silence

Dans les sentiers de la forêt.