Empirisme
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
J'aime le meuble Empire,
Le pire
Fait mes yeux éblouis,
Mieux que le Louis Treize,
Ou Seize,
Ou quelconque Louis.
Mieux que le Louis Onze,
Son bronze
D'une Égypte bijou ;
Et sa mythologie
Rougie
D'un reflet d'acajou,
Me plaisent, et sa gauche,
Ébauche
D'une Grèce de toc ;
J'aime ses incommodes
Commodes,
Ses consoles mastoc,
Que supportent des gaines
Rengaines
Aux symboles cachés ;
Ses guéridons d'emphases,
Ses vases,
Ses iks et ses psychés ;
Ses bras de fauteuils drôles,
Ses rôles
Appris tout de travers,
Ses canapés-immeubles,
Ses meubles
Ressemblant à des vers,
Ses retours de campagnes,
Ses pagnes
Prétentieux et droits,
Ses vagues Cléopâtres,
Ses pâtres
Et ses sphynx maladroits ;
Ses jardinières bêtes,
Ses têtes
De lions pleins d'anneaux,
Son rigide vieux Sèvres
Sans fièvres,
Aux décors étourneaux !
Sa fatigante pompe.
Que trompe
Un idéal trop gros ;
Sa pédante peinture
Nature
Grosse du baron Gros !
J'adore sa pendule,
J'adule
Ses niais attributs ;
Son Olympe ineffable
Sa fable,
Ses rêves, ses rébus ;
Tout son fol déballage
De l'âge
D'Homère, et de Jacob,
Dont la fausse tempête
Embête
L'âge du petit Bob !
Ses Apollons, ses lyres,
Délyres
D'attitude à toupet ;
Sa méduse, sa muse
Camuse
Qui sous Thomire paît ;
Ses tristes Aristées,
Protées
De métal fulgurant ;
Ses Phœbus, ses Pégases,
Leurs gazes,
Où flotte maint cadran !
Ses Saphos, ses Électres,
Ses spectres
De dieux embourgeoisés,
Ses flasques théories,
Scories
De Pindes dégoisés ;
Ses Héro, ses Léandre
Du tendre
De Madame de Staël,
Dont encore endoctrine
Corinne
De son socle en cristal.
Pâmasses et Permesses,
Kermesses
D'accessoires pompiers
Et poncifs : torches, flammes
Réclames
Qui meurent à des pieds.
Permesses et Parnasses,
Des nasses
De doux bétail falot
Dont le seigneur le Cygne
Désigne
Ce style et cet îlot.
Le Cygne que déferle
— La perle
Au cou — le flot doré
De ce quasi Sublime
Que lime
Un Bébète adoré !