En foret

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

Viens… Si nous désirons reposer sur le sol,

Voici que la forêt nous offre dès le seuil

Le calme enseveli parmi ses mousses molles,

Ses colonnes de bois, ses millions de feuilles.

N'aurons-nous pas d'abord une sorte de peur

A coudoyer la horde immobile des arbres

Que l'éternel lichen des solitudes marbre,

A coucher notre vie infime sous la leur ?

Au loin, s'éloignera l'âme ancienne des chasses.

Mais les chênes, les pins, les hêtres, comme avant,

Continueront, gardant leur immuable place,

Leurs siècles de soleil, d'ombre, de ciel, de vent.

Et nous, pour confronter la faiblesse et la force,

Nous poserons nos bras sur leurs membres ligneux,

Et, sur l'inconsciente et centenaire écorce,

Notre force hâtive où regardent des yeux.

Alors, seuls, écoutant le cœur vague et tranquille

De la terre, qui bat aux poitrines des troncs,

En silence, riant d'orgueil, dressant le front,