En forêt de brothonne

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Nous aurons tant aimé notre grande Brothonne,

Ses pins nerveux, si bruns, si rouges et si roux

Qu’ils semblent revêtus d’une éternelle automne.

Ses hêtres de lumière aux troncs lisses et doux.

Un grand frisson toujours a couru dans nos moelles

D’entrer dans l’odorante et verte obscurité

Où filtrent jusqu’au sol ces taches de clarté

Qui remuent dans la mousse ainsi que des étoiles.

Les rosaces du ciel pris entre les rameaux

Et l'élan biaisé des branches principales

Récitaient la prière inouïe et sans mots

De la grande forêt, mère des cathédrales.

Et, lorsque, insinuant et rouge, un soleil bas

Glissait avec le soir à travers les hêtraies,

Que les troncs élancés craquaient comme des mâts,

Que les ombres barraient les chemins de leurs raies.

Bien souvent, égarés dans le silence vert

Où chuchotent l’histoire et les contes de fée.

Nous attendions, dans la bruyère ébouriffée.

De rencontrer Merlin ou le roi Dagobert…